VEILLE DE RECHERCHE EN ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR



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Janvier 2025

29e édition

Un condensé mensuel des dernières publications scientifiques sur l’enseignement supérieur

Ce mois-ci :

 

  • Les rétroactions des professeurs et leur rôle dans la réussite des étudiants
  • La proposition du gouvernement américain d’exonérer une partie des prêts fédéraux
  • La relation entre l’état de l’économie et les attentes des élèves du secondaire au sujet des études postsecondaires
  • Le financement axé sur la performance et le salaire des diplômés

Bonjour à toutes et tous!

Nous vous rappelons que vous pouvez également accéder aux précédentes éditions de la veille en cliquant ici.

Bonne lecture!

 



L’effet d’une rétroaction sur la performance étudiante

Des professeurs de l’Université d’État d’Arizona ont fait une expérience à assignation aléatoire pour tester les effets d’une rétroaction personnalisée sur la réussite. Ils ont trouvé que la rétroaction personnalisée augmente la réussite des étudiants de premières générations lorsqu’ils suivent des cours synchrones. Cependant, l’amélioration ne tient pas dans le cas d’un cours asynchrone. L’effet estimé sur les étudiants de première génération est une augmentation de la note de l’étudiant de 0,190 écart-type.

Entre le printemps 2021 et l’automne 2023, des professeurs du département d’économie de l’Université d’État d’Arizona ont pris part à une expérience à assignation aléatoire. L’objectif était de mesurer l’effet des rétroactions personnalisées aux étudiants sur certains indicateurs de réussites. Quatorze professeurs, donnant un total de 39 cours en microéconomie et en macroéconomie, ont participé à l’expérience. 

Ils ont fait deux traitements différents, soit un groupe de cours comprenant des cours à distance (synchrone ou asynchrone), et un autre qui incluait un tiers d’étudiants suivant les cours en présence. Dans le premier groupe, les étudiants étaient affectés aléatoirement à trois niveaux différents de rétroaction. Les messages de rétroactions donnaient à l’étudiant de l’information sur leurs performances et leur position par rapport au groupe. Le message le plus détaillé incluait également des encouragements du professeur. Dans le second groupe, la rétroaction était uniforme. Trois vagues de rétroactions, lors des deux expériences, se sont échelonnées le long de la session au fil des évaluations du cours.

Les chercheurs ont trouvé que la rétroaction personnalisée augmente significativement la performance des étudiants de premières générations dans les formats d’enseignement synchrone, mais pas en mode asynchrone. Les étudiants dont l’un des parents a fréquenté l’enseignement supérieur n’ont pas semblé être significativement influencés par le traitement. L’hypothèse des chercheurs est que les étudiants de premières générations avec une grande confiance personnelle sont les plus susceptibles de subir un choc négatif durant la session. Ainsi, le traitement incluant des encouragements aurait davantage d’impact.

Pour en savoir plus : 

Aucejo, E. M. & Wong, K. (2025). The effect of feedback on student performance. Journal of Public Economics, 241, 105274. https://doi.org/10.1016/J.JPUBECO.2024.105274




Analyse du caractère progressif de la proposition américaine de l’exonération d’une partie des prêts fédéraux

Les auteurs analysent le caractère progressif de la proposition du gouvernement américain du 24 août 2022 d’exonérer le remboursement d’une partie des prêts étudiants. La politique prévoyait éliminer jusqu’à 20 000 $ US pour les bénéficiaires d’une bourse fédérale (Pell Grant) et 10 000 $ US autrement. Le plafond du revenu admissible pour un individu s’élevait à 125 000 $ US et à 250 000 $ US pour un ménage. En quantifiant les prêts admissibles à l’exonération ainsi que la population bénéficiaire de la mesure, les chercheurs souhaitaient comprendre d’abord quels groupes auraient bénéficié le plus de la mesure proposée. Ensuite, la proposition du gouvernement américain a été comparée à d’autres alternatives de politiques publiques. Les auteurs montrent que de réduire le seuil du revenu admissible au programme de moitié aurait réduit largement les coûts de celui-ci. La mesure aurait été également plus progressive.

Pour effectuer leurs simulations, les auteurs se sont basées sur les données d’endettement contenues dans le New York Fed Consumer Credit Panel (CCP). Ce dernier contient un échantillon de 5% des rapports de crédit dans Équifax. Ces rapports fournissent l’âge, l’endettement, les sources d’endettement, le score de crédit et d’autres attributs de l’individu. Comme la base de données ne contient aucune information sur le revenu de l’individu, les auteurs ont dû estimer les revenus avec le lieu de résidence. La détermination du revenu est nécessaire pour estimer l’admissibilité au programme.

Les auteurs estiment que 36 millions d’Américains auraient été admissibles au programme alors qu’un total de 442 milliards $ US en prêts aurait pu être effacé. Le plan aurait pu éliminer 30,1 de l’ensemble des prêts fédéraux. Près de 39 % des emprunteurs auraient bénéficié d’une exonération complète de leur dette étudiante. Sur le plan de l’âge, les 18-29 ans sont les groupes les plus touchés. Pour ce qui est des groupes socio-économiques, la proposition aurait davantage bénéficié aux individus appartenant aux trois quintiles les moins fortunés.

Dans la partie suivante, les auteurs comparent la proposition du gouvernement américain à différentes politiques alternatives. Ils ont étudié, notamment, la possibilité de réduire le seuil du revenu admissible de moitié ainsi qu’une proposition extrême d’éliminer l’ensemble des prêts fédéraux. Les auteurs trouvent que de réduire le plafond d’admissibilité de moitié aurait permis de réduire les dépenses du programme de 100 milliards $ US. La politique aurait également été plus progressive, bénéficiant davantage aux moins nantis qu’aux plus fortunés. À l’extrême, exonérer l’ensemble des prêts étudiants augmenterait les dépenses par un facteur de 3,3 tout en étant plus régressif que les autres propositions. 

Pour en savoir plus :

Goss, J., Mangrum, D. & Scally, J. (2024). Assessing the Relative Progressivity of the Biden Administration’s Federal Student Loan Forgiveness Proposal. Education Finance and Policy, 19(4), 716–733. https://doi.org/10.1162/EDFP_A_00429 




Baisser ses attentes lors des moments difficiles : Comment l’état de l’économie affecte les perspectives éducatives des élèves du secondaire?
 
Des chercheurs ont tenté de connaître l’impact des variations de l’état de l’économie sur les perspectives d’éducation supérieure chez les élèves du secondaire. Pour ce faire, les auteurs se sont fondés sur les données du  Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE. Ils ont estimé l’effet d’une variation de l’état de l’économie (mesuré par la croissance du PIB) sur les perspectives éducatives des élèves du secondaire. Les auteurs montrent que les perspectives éducatives (mesuré par le nombre d’années passées à l’enseignement supérieur) sont négativement affectées par une croissance faible ou négative.

Le PISA est conduit tous les trois ans et évalue plusieurs compétences chez les élèves de 15 ans, incluant la lecture, les mathématiques et les sciences. Il mesure également les attentes des élèves eu égard à leur choix d’éducation futur. Il s’agit d’une enquête où des groupes d’élèves sont choisies aléatoirement dans certaines écoles des pays participants.

Pour estimer la relation entre les deux, les auteurs estiment un modèle de régression linéaire entre la croissance économique et les perspectives d’éducation supérieure. Les auteurs tiennent compte des effets fixes par pays. Plusieurs mesures de la croissance du PIB ont été utilisées. L’ensemble des spécifications du modèle montre un effet positif et significatif de la croissance du PIB sur le nombre d’années attendues passées à l’enseignement supérieur. Une croissance du PIB équivalent à un écart-type est associée à une hausse de 0,191 année prévue passée à l’enseignement supérieur. Par ailleurs, plus les valeurs de croissances sont fortes, plus la réaction de l’étudiant l’est également. Sur le plan des caractéristiques des élèves, les auteurs montrent que les élèves à fortes habiletés scolaires sont moins affectés que les élèves moins doués. L’hypothèse derrière le résultat veut que l’étudiant doué soit également doté d’une plus grande confiance en lui. Cela le pousserait à réussir dans ses études malgré le contexte économique. Autrement, les garçons semblent un peu plus affectés que les filles par l’état de l’économie.

Ces résultats contredisent d’autres recherches montrant qu’un piètre état de l’économie a tendance à pousser les personnes vers les études postsecondaires. Les auteurs expliquent la divergence par le caractère temporaire des inscriptions à l’enseignement supérieur lors des périodes économiques difficiles. Les chercheurs mentionnent un résultat indiquant que, bien que les inscriptions aux études postsecondaires augmentent lors des périodes économiques difficiles, le niveau de scolarité moyen à long terme en est négativement impacté.


Pour en savoir plus:

Arnup, J. L., Black, N. & Johnston, D. W. (2024). Expecting less in hard times: How the state of the economy influences students’ educational expectations. Economics of Education Review, 103, 102606. https://doi.org/10.1016/J.ECONEDUREV.2024.102606 




Investissement dans la population active : L’effet du financement axé sur la performance sur le salaire des diplômés

Dans cet article, les auteurs analysent l’effet du financement axé sur la performance (FAP) des établissements d’enseignement supérieur américain sur le revenu des diplômés. Pour estimer l’effet du programme, on utilise une méthode de double différence à deux étapes. De manière générale, la mise en place d’un modèle de financement FAP n'augmente pas significativement la rémunération des diplômés. Conditionner le financement des établissements d'enseignement postsecondaire à des indicateurs de réussites sur le marché du travail ne génère aucune retombée positive.

Le FAP est largement utilisé aux États-Unis pour déterminer le financement public d’un établissement d’enseignement postsecondaire. Ce financement est souvent attaché à des indicateurs de réussite et de rendement des étudiants fréquentant cet établissement. Pour répondre à la question de recherche, les chercheurs ont utilisé les données de InformEd States. Cette base donnée indique notamment, pour chacun des États américains, la présence d’un FAP et la part du budget octroyée sous une logique de performance. 

Pour mesurer l’effet du FAP sur le salaire des diplômés, les auteurs ont utilisé quelques variantes de la méthode de double différence. L’article se démarque des recherches préexistantes, puisqu’il tient compte à la fois de la présence du FAP et de la part de ce financement dans le financement global. Ainsi, les auteurs ont pu explorer la relation entre les effets du FAP et son intensité dans la formule de financement.   

Dans les universités publiques américaines, les résultats indiquent une augmentation moyenne de 1 % du revenu du diplômé. L’effet semble plus significatif dans le cas des étudiants provenant de famille à revenus modestes. L’effet semble également plus prononcé chez les étudiants déjà inscrits à l’enseignement supérieur lors de la mise en œuvre du FAP. En tenant compte des années prétraitements, les résultats deviennent largement non significatifs. En bref, les auteurs montrent une relation tout au plus modeste entre une formule de financement FAP et le revenu des diplômés. De manière large, les données indiquent que de conditionner le financement à des indicateurs de performance sur le marché du travail (taux d’emploi, salaires, etc.) ne produit aucun effet significatif. Le manque de constance dans les résultats indique, selon les auteurs, la faiblesse de l’effet d’une politique de financement axée sur la performance. 


Pour en savoir plus :

Kelchen, R., Ortagus, J., Rosinger, K. & Cassell, A. (2024). Investing in the Workforce: The Impact of Performance-Based Funding on Student Earnings Outcomes. Journal of Higher Education, 95(2), 172–199. https://doi.org/10.1080/00221546.2023.2171201



 

 

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Le Groupe de recherche en économie publique appliquée étudie les différentes politiques d’intervention de l’État. Il est actif en enseignement supérieur, en fiscalité et en simulations de politiques publiques.
 

 




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