VEILLE DE RECHERCHE EN ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
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Un condensé mensuel des dernières publications scientifiques sur l’enseignement supérieur |
Ce mois-ci :
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Bonjour à toutes et tous!
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Bonne lecture! |
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Existe-t-il une pénalité à la diplomation pour les étudiants qui changent d’établissement d’éducation postsecondaire ? Les chercheurs ontariens tentent d’identifier la relation entre les parcours d’éducation supérieure atypiques et la réussite des étudiants. Ils examinent l’hypothèse d’une pénalité chez les étudiants qui modifient leur trajectoire d’étude en changeant d’établissement. Ils emploient un modèle de régression logistique et testent l’effet de différentes trajectoires d’étude sur la diplomation. Les analyses suggèrent que la probabilité de réussite diminue lorsque les étudiants changent d’établissement. La diminution s’élève à 10 % comparant un étudiant changeant d’université à un étudiant empruntant un chemin typique. Comme les auteurs n’utilisent aucune stratégie d’identification, rien n’exclut que l’effet mesuré soit attribuable à une causalité inversée. En l’occurrence, l’étudiant qui décide de changer d’établissement pourrait être plus susceptible d’échouer initialement. La base de données utilisée pour l’article combine trois sources de données : les données administratives du Toronto district school board, le Système d’information sur les étudiants postsecondaires et les données du programme canadien de prêt étudiant. L’échantillon final comprend 8 950 étudiants. Le modèle de régression logistique compare cinq scénarios de trajectoire, incluant le changement d’établissement. Les chercheurs comparent les résultats de ce scénario au scénario de référence, soit le cheminement à l’université après l’obtention du diplôme secondaire. Les résultats suggèrent que les étudiants qui entrent directement à l’université ont une probabilité plus élevée de diplômer. Dans le contexte ontarien, les chercheurs argumentent également que la transition de l’université à partir d’un établissement collégial diminue les chances de réussite de 21 %. Les résultats varient peu avec l’ajout ou le retrait des variables de contrôle. En outre, les auteurs tentent de voir si l’effet mesuré ne peut pas être attribué à un effet de talent. En ajustant l’analyse avec les notes moyennes au secondaire, ils trouvent une relation statistiquement significative. Pour en savoir plus : Milian, R. P.,
Reynolds, D., Einmann, T., Walters, D., Brown, R.
& Parekh, G. (2025). Is there a Transfer “Penalty”
in Ontario PSE? Insights from an Administrative
Linkage. Canadian Journal of Higher Education,
55(1), 1–18. https://doi.org/10.47678/CJHE.V1I1.190127
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Les fusions d’établissement dans le système d’enseignement supérieur en Norvège : Y a-t-il un effet sur la performance en recherche ? Les chercheurs étudient si les fusions d’établissements d’enseignement supérieur améliorent la performance en recherche. Les auteurs exploitent une réforme majeure de la structure du système d’enseignement supérieur en Norvège. Au moyen des fusions d’établissements, cette réforme souhaitait notamment créer des communautés de recherche plus fortes. En utilisant les données avant et après la réforme, les chercheurs arrivent à deux constats principaux. D’une part, la réforme n’a pas eu pour effet d’augmenter la productivité de recherche des professeurs embauchés avant la période de réforme. D’autre part, le nombre de publications dans les établissements fusionnés semble avoir augmenté.Les auteurs se
fondent sur les données contenues dans une large enquête
accompagnant la réforme. Cette dernière fournit de
l’information sur les professeurs des établissements,
dont leur poste et leurs expériences. Ils la complètent
avec l’information bibliométrique pour chacun des 3 753
professeurs de l’échantillon.
À l’aide d’un modèle
de régression logistique, les auteurs mesurent la
relation entre l’appartenance à un établissement
fusionné et la quantité de publications scientifiques.
Certaines disciplines ont pour habitude d’inclure
davantage de chercheurs à titre d’auteurs. Pour tenir
compte de ce fait, les auteurs pondèrent les
publications par le poids de l’auteur dans l’article.
Les résultats de cette analyse ne suggèrent aucun effet
des fusions sur le nombre de publications. Vu la portée
de l’enquête, les auteurs indiquent qu’on ne peut
exclure l’existence d’un effet de long terme. En outre,
l’absence de stratégie d’identification empêche de
conclure à l’absence de relation causale entre une
fusion d’établissement à sa performance de recherche. On
ne fait qu’y déceler une corrélation.
En revanche, les
établissements fusionnés ont en moyenne vu leur
production scientifique augmenter relativement aux
établissements non fusionnés. Ces résultats sont obtenus
à l’aide d’une analyse de variance au niveau des
établissements avant et après la réforme. Les auteurs
expliquent le résultat par le fait que les fusions
parviennent à attirer de nouveaux talents plus orientés
vers la recherche. Ainsi, l’établissement, par ses
méthodes de recrutement, augmenterait sa compétitivité.
Pour en savoir plus : Vandelannote, I.,
Aksnes, D. W. & Huisman, J. (2025). Mergers in
Norwegian higher education: is there an effect on
publication performance? Higher Education,
1–20. https://doi.org/10.1007/S10734-025-01409-Z
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Est-ce que le marché du travail valorise les connaissances des étudiants ? L’auteur explore si une meilleure adéquation entre les compétences exigées à l’emploi et celles développées durant les études donne un avantage salarial. L’existence d’un gain salarial dû à l’adéquation entre le domaine d’études et le domaine d’emploi a été maintes fois discutée et montrée dans la littérature. L’auteur souhaite maintenant savoir si ce gain est davantage associé aux exigences de l’emploi. Pour ce faire, il utilise une mesure d’appariement entre les compétences exigées à l'emploi et celles acquises lors du programme d’étude avec un score d’alignement. Les résultats de l’analyse de régression montrent qu’une augmentation d’un écart-type dans le score d’alignement est associée à une augmentation des revenus de l’individu de 4,3 % en moyenne. Utilisant les
données du recensement canadien, l’auteur construit un
indicateur mesurant l’adéquation entre les connaissances
exigées du poste occupé et les connaissances acquises
lors du programme d’études. Ainsi, plus les compétences
exigées de l’emploi sont loin des compétences
développées lors du programme d’étude, plus l’indice
diminue. Ensuite, la variable du score d’alignement est
incorporée dans un modèle de régression linéaire
multiple. Le modèle estime le logarithme du revenu de
l’individu en fonction du score d’alignement et diverses
variables binaires.
Les résultats
indiquent l’existence d’un gain salarial dû à
l’adéquation entre l’emploi et le programme d’étude. Le
gain est d’autant plus fort pour les programmes de
sciences juridiques (11,3 %), de statistiques et
mathématiques (8 %) ainsi que du génie (7,8 %). À
l’inverse, l’alignement des compétences n’est pas
associé à un gain salarial pour certains domaines des
sciences humaines et des arts. Concrètement, ce gain
salarial signifie qu’un individu occupant un emploi
donné peut s’attendre à être rémunéré davantage qu’une
autre personne occupant un emploi similaire dont
l’alignement des compétences est plus faible. Les
auteurs soulignent le risque d’une mauvaise attribution
du gain salarial aux connaissances apprises à
l’université. Précisément, le choix du programme d’étude
n’est pas aléatoire et peut signifier un intérêt qui
survient avant de démarrer les études. L’étudiant qui
acquiert un intérêt pour un domaine avant les études est
susceptible de commencer ses apprentissages avant ses
études. Il n’est donc pas clair si le gain salarial
mesuré n'est pas dû l’intérêt initial davantage qu’à la
valorisation accrue des compétences acquises à
l’université.
Pour en savoir plus: Manuel, N. (2024). Does the labour market
value field of study specific knowledge? An alignment
score based approach. Economics of Education Review,
101, 102561. https://doi.org/10.1016/J.ECONEDUREV.2024.102561
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L’arbitrage entre l’équité et le prestige dans les établissements d’enseignement supérieur privés aux États-Unis Cette étude explore l’arbitrage des établissements d’enseignement supérieur privés aux États-Unis entre la poursuite du prestige académique et le principe d’équité à l’admission. On examine la relation entre les caractéristiques d’un établissement indiquant sa quête de prestige et les taux d’admissions des étudiants à bas revenus. L’étude se concentre sur les établissements d’enseignement supérieur privés américains. L’analyse est exploratoire et n’utilise pas de stratégie d’identification permettant de conclure à une relation causale. En guise de résultat principal, les chercheurs associent la prévalence du financement conditionnel de sources philanthropiques à une réduction de l’accès des étudiants à bas revenus dans le temps. Les données
utilisées pour l’article proviennent du Centre national
pour les statistiques en éducation. Le centre offre une
base de données sur l’enseignement supérieur aux
États-Unis et les établissements. On y trouve de
l’information sur les finances et les caractéristiques
des différents établissements d’enseignement supérieur
aux États-Unis sur plusieurs années. Au total, 328
établissements sont inclus dans la base de données des
chercheurs.
Les auteurs
comparent les données de l’année scolaire de 2007-2008
avec celles de l’année 2019-2020. La variable mesurant
l’accès des personnes à bas revenus est le pourcentage
d’étudiants de premier cycle récipiendaire d’une bourse
fédérale (Pell Grant). De l’autre côté, les variables
indépendantes incluent le taux d’acceptation des
candidatures, diverses données démographiques et les
frais de scolarité de l’établissement. Enfin, les
auteurs utilisent un modèle de régression avec effets
fixes.
Les données montrent
que deux facteurs sont corrélés avec une diminution de
l’accès des personnes à bas revenus dans les
établissements privés. D’abord, plus l’établissement
obtient un important financement sous conditions en
provenance de donneurs et philanthropes, plus la
participation des étudiants à bas revenus diminue dans
le temps. Ensuite, l’augmentation du financement public
des établissements d’enseignement supérieur publics est
corrélée négativement avec la participation des
étudiants à bas revenus dans les établissements privés.
En effet, lorsque le financement public s’accroit, les
universités publiques offrent de meilleures
perspectives. Les auteurs estiment que les étudiants à
bas revenus délaissent les universités privées pour les
universités publiques dans ce contexte. Cet effet mesuré
pourrait en revanche cacher une causalité inversée. Le
changement d’université des étudiants à bas revenus
pourrait forcer le gouvernement à investir davantage
dans le réseau public pour accueillir cette nouvelle
clientèle.
Pour en savoir plus : Warshaw, J. B.,
DeMonbrun, M., & McNaughtan, J. (2025). Reaching
for Excellence Through Equity or Prestige? US Private
Master’s Comprehensive Institutions and Low-Income
Students. Higher Education Quarterly, 79(1). https://doi.org/10.1111/HEQU.12573
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Le Groupe de recherche en économie publique appliquée étudie les différentes politiques d’intervention de l’État. Il est actif en enseignement supérieur, en fiscalité et en simulations de politiques publiques.
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