VEILLE DE RECHERCHE EN ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR



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Février 2025

30e édition

Un condensé mensuel des dernières publications scientifiques sur l’enseignement supérieur

Ce mois-ci :

 

  • Les conséquences d’un changement d’établissement d’enseignement supérieur sur la réussite
  • Les fusions d’établissements d’enseignement supérieur et leurs effets sur la performance en recherche
  • La valorisation pécuniaire des apprentissages acquis lors des études
  • Les déterminants du taux d’accès des étudiants à bas revenus dans les établissements d’enseignement supérieur privés aux États-Unis

Bonjour à toutes et tous!

Nous vous rappelons que vous pouvez également accéder aux précédentes éditions de la veille en cliquant ici.

Bonne lecture!

 



Existe-t-il une pénalité à la diplomation pour les étudiants qui changent d’établissement d’éducation postsecondaire ?

Les chercheurs ontariens tentent d’identifier la relation entre les parcours d’éducation supérieure atypiques et la réussite des étudiants. Ils examinent l’hypothèse d’une pénalité chez les étudiants qui modifient leur trajectoire d’étude en changeant d’établissement. Ils emploient un modèle de régression logistique et testent l’effet de différentes trajectoires d’étude sur la diplomation. Les analyses suggèrent que la probabilité de réussite diminue lorsque les étudiants changent d’établissement. La diminution s’élève à 10 % comparant un étudiant changeant d’université à un étudiant empruntant un chemin typique. Comme les auteurs n’utilisent aucune stratégie d’identification, rien n’exclut que l’effet mesuré soit attribuable à une causalité inversée. En l’occurrence, l’étudiant qui décide de changer d’établissement pourrait être plus susceptible d’échouer initialement.

La base de données utilisée pour l’article combine trois sources de données : les données administratives du Toronto district school board, le Système d’information sur les étudiants postsecondaires et les données du programme canadien de prêt étudiant. L’échantillon final
comprend 8 950 étudiants. Le modèle de régression logistique compare cinq scénarios de trajectoire, incluant le changement d’établissement. Les chercheurs comparent les résultats de ce scénario au scénario de référence, soit le cheminement à l’université après l’obtention du diplôme secondaire.

Les résultats suggèrent que les étudiants qui entrent directement à l’université ont une probabilité plus élevée de diplômer. Dans le contexte ontarien, les chercheurs argumentent également que la transition de l’université à partir d’un établissement collégial diminue les chances de réussite de 21 %. Les résultats varient peu avec l’ajout ou le retrait des variables de contrôle. En outre, les auteurs tentent de voir si l’effet mesuré ne peut pas être attribué à un effet de talent. En ajustant l’analyse avec les notes moyennes au secondaire, ils trouvent une relation statistiquement significative.


Pour en savoir plus : 

Milian, R. P., Reynolds, D., Einmann, T., Walters, D., Brown, R. & Parekh, G. (2025). Is there a Transfer “Penalty” in Ontario PSE?  Insights from an Administrative Linkage. Canadian Journal of Higher Education, 55(1), 1–18. https://doi.org/10.47678/CJHE.V1I1.190127 




Les fusions d’établissement dans le système d’enseignement supérieur en Norvège : Y a-t-il un effet sur la performance en recherche ?

Les chercheurs étudient si les fusions d’établissements d’enseignement supérieur améliorent la performance en recherche. Les auteurs exploitent une réforme majeure de la structure du système d’enseignement supérieur en Norvège. Au moyen des fusions d’établissements, cette réforme souhaitait notamment créer des communautés de recherche plus fortes. En utilisant les données avant et après la réforme, les chercheurs arrivent à deux constats principaux. D’une part, la réforme n’a pas eu pour effet d’augmenter la productivité de recherche des professeurs embauchés avant la période de réforme. D’autre part, le nombre de publications dans les établissements fusionnés semble avoir augmenté.

Les auteurs se fondent sur les données contenues dans une large enquête accompagnant la réforme. Cette dernière fournit de l’information sur les professeurs des établissements, dont leur poste et leurs expériences. Ils la complètent avec l’information bibliométrique pour chacun des 3 753 professeurs de l’échantillon. 

À l’aide d’un modèle de régression logistique, les auteurs mesurent la relation entre l’appartenance à un établissement fusionné et la quantité de publications scientifiques. Certaines disciplines ont pour habitude d’inclure davantage de chercheurs à titre d’auteurs. Pour tenir compte de ce fait, les auteurs pondèrent les publications par le poids de l’auteur dans l’article. Les résultats de cette analyse ne suggèrent aucun effet des fusions sur le nombre de publications. Vu la portée de l’enquête, les auteurs indiquent qu’on ne peut exclure l’existence d’un effet de long terme. En outre, l’absence de stratégie d’identification empêche de conclure à l’absence de relation causale entre une fusion d’établissement à sa performance de recherche. On ne fait qu’y déceler une corrélation.

En revanche, les établissements fusionnés ont en moyenne vu leur production scientifique augmenter relativement aux établissements non fusionnés. Ces résultats sont obtenus à l’aide d’une analyse de variance au niveau des établissements avant et après la réforme.  Les auteurs expliquent le résultat par le fait que les fusions parviennent à attirer de nouveaux talents plus orientés vers la recherche. Ainsi, l’établissement, par ses méthodes de recrutement, augmenterait sa compétitivité.


Pour en savoir plus :

Vandelannote, I., Aksnes, D. W. & Huisman, J. (2025). Mergers in Norwegian higher education: is there an effect on publication performance? Higher Education, 1–20. https://doi.org/10.1007/S10734-025-01409-Z  




Est-ce que le marché du travail valorise les connaissances des étudiants ?
 
L’auteur explore si une meilleure adéquation entre les compétences exigées à l’emploi et celles développées durant les études donne un avantage salarial. L’existence d’un gain salarial dû à l’adéquation entre le domaine d’études et le domaine d’emploi a été maintes fois discutée et montrée dans la littérature. L’auteur souhaite maintenant savoir si ce gain est davantage associé aux exigences de l’emploi. Pour ce faire, il utilise une mesure d’appariement entre les compétences exigées à l'emploi et celles acquises lors du programme d’étude avec un score d’alignement. Les résultats de l’analyse de régression montrent qu’une augmentation d’un écart-type dans le score d’alignement est associée à une augmentation des revenus de l’individu de 4,3 % en moyenne.

Utilisant les données du recensement canadien, l’auteur construit un indicateur mesurant l’adéquation entre les connaissances exigées du poste occupé et les connaissances acquises lors du programme d’études. Ainsi, plus les compétences exigées de l’emploi sont loin des compétences développées lors du programme d’étude, plus l’indice diminue. Ensuite, la variable du score d’alignement est incorporée dans un modèle de régression linéaire multiple. Le modèle estime le logarithme du revenu de l’individu en fonction du score d’alignement et diverses variables binaires.

Les résultats indiquent l’existence d’un gain salarial dû à l’adéquation entre l’emploi et le programme d’étude. Le gain est d’autant plus fort pour les programmes de sciences juridiques (11,3 %), de statistiques et mathématiques (8 %) ainsi que du génie (7,8 %). À l’inverse, l’alignement des compétences n’est pas associé à un gain salarial pour certains domaines des sciences humaines et des arts. Concrètement, ce gain salarial signifie qu’un individu occupant un emploi donné peut s’attendre à être rémunéré davantage qu’une autre personne occupant un emploi similaire dont l’alignement des compétences est plus faible. Les auteurs soulignent le risque d’une mauvaise attribution du gain salarial aux connaissances apprises à l’université. Précisément, le choix du programme d’étude n’est pas aléatoire et peut signifier un intérêt qui survient avant de démarrer les études. L’étudiant qui acquiert un intérêt pour un domaine avant les études est susceptible de commencer ses apprentissages avant ses études.  Il n’est donc pas clair si le gain salarial mesuré n'est pas dû l’intérêt initial davantage qu’à la valorisation accrue des compétences acquises à l’université.


Pour en savoir plus:

Manuel, N. (2024). Does the labour market value field of study specific knowledge? An alignment score based approach. Economics of Education Review, 101, 102561. https://doi.org/10.1016/J.ECONEDUREV.2024.102561 




L’arbitrage entre l’équité et le prestige dans les établissements d’enseignement supérieur privés aux États-Unis

Cette étude explore l’arbitrage des établissements d’enseignement supérieur privés aux États-Unis entre la poursuite du prestige académique et le principe d’équité à l’admission. On examine la relation entre les caractéristiques d’un établissement indiquant sa quête de prestige et les taux d’admissions des étudiants à bas revenus. L’étude se concentre sur les établissements d’enseignement supérieur privés américains. L’analyse est exploratoire et n’utilise pas de stratégie d’identification permettant de conclure à une relation causale. En guise de résultat principal, les chercheurs associent la prévalence du financement conditionnel de sources philanthropiques à une réduction de l’accès des étudiants à bas revenus dans le temps.

Les données utilisées pour l’article proviennent du Centre national pour les statistiques en éducation. Le centre offre une base de données sur l’enseignement supérieur aux États-Unis et les établissements. On y trouve de l’information sur les finances et les caractéristiques des différents établissements d’enseignement supérieur aux États-Unis sur plusieurs années. Au total, 328 établissements sont inclus dans la base de données des chercheurs.

Les auteurs comparent les données de l’année scolaire de 2007-2008 avec celles de l’année 2019-2020. La variable mesurant l’accès des personnes à bas revenus est le pourcentage d’étudiants de premier cycle récipiendaire d’une bourse fédérale (Pell Grant). De l’autre côté, les variables indépendantes incluent le taux d’acceptation des candidatures, diverses données démographiques et les frais de scolarité de l’établissement. Enfin, les auteurs utilisent un modèle de régression avec effets fixes.

Les données montrent que deux facteurs sont corrélés avec une diminution de l’accès des personnes à bas revenus dans les établissements privés. D’abord, plus l’établissement obtient un important financement sous conditions en provenance de donneurs et philanthropes, plus la participation des étudiants à bas revenus diminue dans le temps. Ensuite, l’augmentation du financement public des établissements d’enseignement supérieur publics est corrélée négativement avec la participation des étudiants à bas revenus dans les établissements privés. En effet, lorsque le financement public s’accroit, les universités publiques offrent de meilleures perspectives. Les auteurs estiment que les étudiants à bas revenus délaissent les universités privées pour les universités publiques dans ce contexte. Cet effet mesuré pourrait en revanche cacher une causalité inversée. Le changement d’université des étudiants à bas revenus pourrait forcer le gouvernement à investir davantage dans le réseau public pour accueillir cette nouvelle clientèle.



Pour en savoir plus :

Warshaw, J. B., DeMonbrun, M., & McNaughtan, J. (2025). Reaching for Excellence Through Equity or Prestige? US Private Master’s Comprehensive Institutions and Low-Income Students. Higher Education Quarterly, 79(1). https://doi.org/10.1111/HEQU.12573



 

 

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Le Groupe de recherche en économie publique appliquée étudie les différentes politiques d’intervention de l’État. Il est actif en enseignement supérieur, en fiscalité et en simulations de politiques publiques.
 

 




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