Nous abordons les thèmes ci-dessous dans la première édition 2022 de la veille de recherche en enseignement supérieur :
· Intervenir auprès des étudiants en difficulté : l’impact d’agir tôt;
· L’expérience des étudiants internationaux dans les cégeps du Saguenay-Lac-Saint-Jean;
· Abandon scolaire : la valeur des études universitaires non complétées sur le marché du travail;
· L’impact de la pandémie de COVID-19 sur la santé mentale des étudiants universitaires LBGTQ+;
· Être mère tout en étant professeure : les défis rencontrés par ces femmes dans deux universités canadiennes;
Nous vous rappelons que vous pouvez accéder aux précédentes éditions de la veille en cliquant ici (https://listes.grepa.ca/archives/list/veille@listes.grepa.ca/latest).
Au nom de toute l’équipe du Groupe de recherche en économie appliquée, bonne année 2022 !
Intervenir tôt chez les étudiants susceptibles de ne pas réussir le cours pourrait améliorer leurs résultats scolaires
La réussite des étudiants fait partie des priorités d’une université. Les services d’aide à la réussite viennent offrir un soutien aux étudiants qui le demandent. Est-ce qu’une intervention dès le début de la session chez les étudiants en difficulté favorise leur réussite ? C’est ce que Gordanier, Hauk et Sankaran (2019) ont investigué. Ils évaluent si une intervention précoce chez les étudiants évalués en difficulté améliorerait leurs résultats scolaires finaux.
Les auteurs ont utilisé des données provenant de classes d’introduction à la microéconomie et à la macroéconomie de l’Université de Caroline du Sud lors de la session de printemps 2017. Les étudiants de ces classes se voyaient assigner plusieurs évaluations hebdomadaires durant les quatre premières semaines de la session, afin d’évaluer leur réussite dans la classe. À la cinquième semaine, les étudiants qui obtenaient une moyenne en dessous de 70% [note finale nécessaire pour réussir le cours] étaient référés au service d’aide à la réussite de leur université. Le centre de services contactait par la suite directement les étudiants pour les inviter à prendre un rendez-vous avec un de leurs conseillers. Si l’étudiant acceptait, la rencontre permettait notamment d’avoir accès à des stratégies de gestion de temps et de techniques d’études et à des services de tutorat. Comme ces services étaient déjà accessibles en tout temps par les étudiants, le traitement expérimental de l’étude évalue la connexion entre les appels rapides du centre de services et la réussite des étudiants en difficulté.
Les auteurs utilisent un modèle de régression par design de discontinuité, comparant les résultats finaux des étudiants juste en dessous du seuil de 70% (ayant reçu un appel) avec ceux dont la moyenne était tout juste au-dessus (sans appel). Les auteurs rapportent que les résultats aux questions communes de l’examen final des étudiants du groupe ayant reçu des appels étaient de 6,5% à 7,5% plus élevés que ceux du groupe n’ayant pas profité de l’intervention. Les étudiants dont les résultats en mathématiques du niveau secondaire étaient sous la moyenne sont parmi ceux qui ont le plus bénéficié de l’intervention, augmentant leurs résultats de 17,4% comparativement à 2,1% pour ceux au-dessus de la moyenne. Par l’approche expérimentale employée, l’étude ne permet cependant pas de généraliser l’efficacité de l’intervention aux étudiants ayant les résultats les plus faibles.
Pour en savoir plus :
Gordanier, J., Hauk, W., & Sankaran, C. (2019). Early intervention in college classes and improved student outcomes. Economics of Education Review, 72, 23-29. (https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0272775718305272)
L’intégration des étudiants internationaux au Saguenay-Lac-Saint-Jean : la perception des étudiants
Bikie Bi Nguema, Gallais, Gaudreault, Arbour et Murray (2020) ont effectué 21 entrevues semi-dirigées auprès d’étudiants internationaux inscrits à l’un des quatre cégeps du Saguenay-Lac-Saint-Jean. L’objectif de leur recherche est d’identifier les défis auxquels les étudiants faisaient face quant à leur intégration dans une région à faible densité ethnoculturelle.
Les auteurs notent que les étudiants associent leur réussite scolaire à leur réussite professionnelle et sociale, de même qu’à leur niveau d’intégration à la culture québécoise. Parmi les obstacles à leur intégration, les étudiants interrogés ont souligné la barrière de la langue (bien que la majorité parle déjà le français), les chocs culturels, les défis pédagogiques et la formation d’amitié avec des étudiants natifs du Québec. La relation avec les professeurs et les pairs est également abordée : les étudiants apprécient généralement leurs relations avec leurs professeurs, souvent moins hiérarchiques que dans leur pays d’origine. Afin de mieux intégrer les étudiants à la communauté étudiante et civile, les auteurs recommandent notamment de sensibiliser le personnel et les étudiants à la réalité des étudiants internationaux et de favoriser la collaboration entre les services offerts au cégep et la communauté civile.
Pour en savoir plus :
Bikie Bi Nguema, N., Gallais, B., Gaudreault, M., Arbour, N., & Murray, N. (2020). Intégration et réussite scolaire des étudiants internationaux dans une région à faible densité ethnoculturelle. Le cas des cégeps du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Revue des sciences de l’éducation, 46(2), 39-68. (https://www.erudit.org/fr/revues/rse/2020-v46-n2-rse05688/1073718ar/)
Des études universitaires non complétées ont-elles une valeur sur le marché du travail ?
Giani, Attewell et Walling (2020) évaluent si des études non complétées constituent un signal assez fort pour avantager les étudiants sur le marché du travail. Leurs données proviennent du Texas Education Research Center (TERC) qui combine des bases de données sur le statut des étudiants de la maternelle à l’université et sur leur statut d’emploi après leurs études.
Les auteurs ont suivi la cohorte texane de diplômés du secondaire de l’an 2000 afin de savoir si ceux qui arrêtaient leurs études avaient les mêmes chances sur le marché du travail que ceux qui entamaient des études universitaires sans les terminer. Ils ont comparé les chances d’être employés, ainsi que les revenus, quinze ans après leur graduation.
Suivant plus de 200 000 individus, leur recherche emprunte un modèle de régression logistique pour prédire si l’individu était employé ou non après quinze ans et un modèle de régression à moindres carrés ordinaires afin de prédire le logarithme des revenus en 2015.
Leurs résultats montrent que la probabilité d’avoir un emploi quinze ans plus tard est plus grande chez ceux qui ont un minimum de scolarité universitaire que chez ceux possédant uniquement un diplôme du secondaire. L’écart d’emploi entre ceux n’ayant fait aucune étude universitaire et ceux ayant fait des études supérieures sans diplôme est d’au moins 15 points de pourcentages (p<0.01). Cette différence se retrouve dans tous les sous-groupes de l’échantillon (genre, appartenance à une minorité visible, ou le statut défavorisé).
Leurs résultats concernant le (logarithme du) revenu soutiennent une conclusion similaire. Sélectionnant cette fois uniquement ceux ayant un revenu en 2015, les auteurs mesurent l’effet de la fréquentation universitaire sur le niveau de revenu. Les individus avec une expérience universitaire ont un revenu plus élevé (entre 2,6% et 11,4%) que ceux ayant seulement un diplôme secondaire (p<0.01). La différence est aussi observée dans la plupart des sous-groupes, à l’exception des minorités ethniques. Elle est plus prononcée chez les femmes.
Pour en savoir plus :
Giani, M. S., Attewell, P., & Walling, D. (2020). The value of an incomplete degree: Heterogeneity in the labor market benefits of college non-completion. The Journal of Higher Education, 91(4), 514-539. (https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/00221546.2019.1653122)
Est-ce que la santé mentale des étudiants universitaires appartenant à la communauté LGBTQ+ a été mise à mal par la pandémie de COVID-19 ?
Parchem, Wheelet, Talaski et Molock (2021) ont voulu vérifier si la première vague de cas de COVID-19 a eu un impact sur la santé mentale des étudiants, plus particulièrement chez ceux et celles s’identifiant comme LBGTQ+. À l’aide de données provenant du sondage annuel Healthy Mind Study, mené aux printemps 2019 et 2020 et qui mesure l’état de la santé mentale des étudiants, les auteurs ont pu évaluer comment celle-ci a été affectée par la pandémie.
Le sondage utilisé se sert du Generalized Anxiety Disorder-7 (GAD-7) et du Patient Health Questionnaire-9 (PHQ-9) pour évaluer le niveau des symptômes ressentis d’anxiété et de dépression. Lors de l’édition 2020, des questions ont été ajoutées afin de connaître la situation financière de l’étudiant, leurs inquiétudes par rapport à la pandémie et leur expérience face à la discrimination due à leur ethnie, leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. On a également pu évaluer la résilience de l’étudiant en posant des questions sur son optimisme, son estime de soi, sa perspective sur la vie en général, etc.
Afin d’évaluer si la santé mentale des étudiants fut affectée par la première vague de la pandémie, les auteurs ont comparé les taux moyens d’anxiété et de dépression de l’année 2020 avec ceux de l’année 2019, afin d’établir s’il y avait une différence statistiquement significative. Aucune différence n’est relevée et la moyenne de taux d’anxiété était même moins élevée. Les auteurs évoquent que la pandémie, surtout à son commencement au printemps 2020, a probablement accentué les mesures d’accommodations des professeurs envers tous les étudiants, dont ceux appartenant à la communauté LGBTQ+. Les auteurs amènent également que les mesures de confinement ont probablement réduit les possibilités d’entrer en relation avec des gens moins tolérants des communautés LGBTQ+.
Parchem, Wheelet, Talaski et Molock terminent en énonçant que, bien que les taux moyens d’anxiété et de dépression n’aient pas changé de manière importante, ils restent à un niveau assez élevé (48% de taux moyens d’anxiété et 61% de taux moyens de dépression en 2020).
Pour en savoir plus :
Parchem, B., Wheeler, A., Talaski, A., & Molock, S. D. (2021). Comparison of anxiety and depression rates among LGBTQ college students before and during the COVID-19 pandemic. Journal of American college health, 1-9. (https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34919495/)
Être mère tout en étant professeure universitaire : les défis rencontrés par ces femmes dans leur carrière
James, Bourgeault, Gaudet et Bujkai (2021) ont voulu comprendre comment les professeures vivaient l’expérience d’être mère tout en étant chercheuse. Interviewant 20 femmes dans deux universités canadiennes, les auteurs ont fait ressortir les points principaux dans ces entrevues.
Les professeures questionnées étaient reconnaissantes d’avoir eu accès à un congé de maternité, mais la majorité des femmes rencontrées ont également exprimé leur peur de l’« effacement post-partum », caractérisé par la possibilité d’être exclus d’opportunités de recherche ou de subventions, de retard dans des projets de recherche ou la perte de collaboration potentielle. Cette peur en a convaincues plusieurs de se présenter physiquement au bureau (en période pré-pandémique) afin d’éviter de se faire mettre à l’écart durant leur congé de maternité, à des périodes clés du développement de leur enfant.
Plus tard dans leur carrière, plusieurs ont éprouvé des difficultés à expliquer leur absence durant leur congé de maternité lors de leur évaluation de leur dossier de permanence, devant constamment se justifier devant leur comité. Ce genre d’évènements fait partie de ce que les auteurs appellent la « mommy-track », chemin de carrière parallèle à la « tenure-track ». En effet, avoir un enfant peut signifier un sacrifice quant à sa capacité à l’obtention de promotions et d’accès à des postes permanents. Les contributions dans les services communautaires exigés de l’ensemble des professeurs sont également vues comme moins prestigieuses et ont moins d’impact dans le dossier du chercheur en question. Les femmes questionnées ont souligné qu’elles se sentaient souvent obligées d’accomplir ces tâches au détriment de l’avancement de leur carrière.
Enfin, le dernier thème soulevé reflète comment certains champs de recherches n’ont pas été développés en prenant en compte la conciliation travail-famille. On évoque par exemple la recherche « terrain » qui devient plus difficile à accomplir lorsqu’un enfant attend à la maison.
Les auteurs concluent en énonçant que les conceptions de la réussite professionnelle restent fortement fondées sur des bases traditionnelles où les femmes ont de la difficulté à faire leur place en étant mère.
Pour en savoir plus :
James, Y., Gaudet, S., Bourgeault, I., & Bujkai, M. (2021). Care and Academic Motherhood: Challenges for Research and Tenure in the Canadian University. Canadian Journal of Higher Education, 51(4). (https://journals.sfu.ca/cjhe/index.php/cjhe/article/view/189061)
Bonjour à tous,
Seront abordés dans cette veille les sujets suivants :
* L’histoire de la liberté universitaire au Canada
* L'efficacité de la messagerie-texte pour rejoindre les futurs étudiants
* L’écart salariale entre les récents diplômés et diplômées universitaires
* Les biais possibles envers les étudiants en situation de handicap
* L’influence d’une crise économique sur le choix du domaine d’étude
Bonne lecture!
Pour l’équipe de la veille de recherche,
Pier-André Bouchard St-Amant
Historique canadien de la liberté universitaire
Les frontières de la liberté universitaire font l’objet de débats publics récurrents. Les travaux de Paul Axelrod (2021) documentent l’histoire de la liberté académique au sein des universités canadiennes et de l’évolution de sa frontière à travers le temps.
Axelrod définit la liberté universitaire comme une autonomie professionnelle, distincte de la liberté de parole, qui est un droit citoyen. Il note que cette liberté a toujours été soumise à des contraintes, qu’elles soient religieuses, raciales, administratives ou financières. Au Canada, celle-ci n’a pas de statut officiel, alors qu’aux États-Unis par exemple, elle a été protégée à maintes reprises dans des interprétations judiciaires du premier amendement de la Constitution américaine.
Axelrod évoque que les menaces actuelles à la liberté universitaire proviennent des deux côtés de l’axe gauche-droit de l’échiquier politique : on note la « culture de l’annulation » (cancel culture) ainsi que la volonté de tout permettre, même les discours haineux. Axelrod note que les gouvernements, autant au niveau fédéral que provincial, n’ont pas tendance à s’ingérer dans la production universitaire. Au Canada, la liberté universitaire dépend généralement des universités elles-mêmes, au niveau institutionnel à travers des politiques internes.
Axelrod termine sur les enjeux actuels dont la société devrait se préoccuper : l’importance du financement privé en recherche, qui peut inclure des contraintes par rapport à ce qui peut être publié, particulièrement dans le domaine de la santé, ainsi que le droit des professeurs de s’exprimer, dans des circuits publics tels que les médias sociaux, sur des sujets hors de leur domaine d’expertise.
Pour en savoir plus :
Axelrod, P. (2021). Academic Freedom and Its Constraints: A Complex History. Canadian Journal of Higher Education, 51-66. (https://journals.sfu.ca/cjhe/index.php/cjhe/article/view/189143)
La messagerie-texte : une stratégie efficace de rétention d’étudiants universitaires
Les étudiants à l’aube de s’inscrire à l’université peuvent parfois être perdu dans le processus, particulièrement pour les programmes contingentés qui exigent parfois, en plus d’une bonne moyenne, des entrevues ou la réussite d’examens particuliers. Avery, Castleman, Hurwitz, Long et Page (2021) ont voulu, à travers une expérience à assignation aléatoire, vérifier ce qui pourrait aider les étudiants dans ce parcours, notamment la messagerie-texte, associée soit avec un conseiller virtuel soit avec le conseiller pédagogique de l’école de l’étudiant.
Deux expériences ont été mises sur pied : une étude nationale couvrant plus de 70 000 étudiants au niveau secondaire répartis dans 15 états américains et une autre étude ciblant 20 000 étudiants au Texas. Alors que le groupe test de l’expérience nationale avait accès à un conseiller disponible en ligne, le groupe test de l’expérience au Texas avait plutôt un accès direct, à travers la messagerie-texte, à leur conseiller pédagogique. Les interventions des deux types de conseillers combinaient des messages textes informatifs à des moments clés de l’inscription à l’université et, pour les groupes tests, des messages textes incitant les étudiants à interagir avec le conseiller.
L’article, qui a étudié la cohorte de 2016-2017, a notamment découvert que l’impact des messages textes sur l’inscription à l’université à temps plein était significatif lorsqu’elle était combinée à de l’aide déjà implantée à l’école, augmentant de 2,9 points de pourcentage le taux d’inscription par rapport à la moyenne du groupe contrôle. Le conseiller virtuel, bien qu’il ait augmenté les taux de passation d’examen pour fin d’admission à l’université (e.g. SAT et ACT), a eu un effet statistiquement significatif négatif sur les taux d’admission à temps plein, le réduisant de 1,3 points de pourcentage.
Les auteurs expliquent cette disparité par des conflits avec des services qu’obtenaient déjà les étudiants. L’expérience du Texas permettait aux étudiants d’accéder rapidement à des services personnalisés, en offrant par exemple des rendez-vous en présence avec leur conseiller. Les auteurs recommandent donc, si un lien par messagerie-texte est offert aux étudiants, de le combiner à des services déjà présents dans les écoles et de personnaliser le plus possible les messages envoyés.
Pour en savoir plus :
Avery, C., Castleman, B. L., Hurwitz, M., Long, B. T., & Page, L. C. (2021). Digital messaging to improve college enrollment and success. Economics of Education Review, 84, 102170. (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0272775721000881)
Disparités entre les récents diplômés et diplômées canadiens : y a-t-il un écart important entre les genres ?
Jehn, Walters et Howells (2021), à partir de l’Enquête nationale auprès des diplômées (END) de Statistique Canada en 2013, ont voulu vérifier s’il y avait un écart entre les hommes et les femmes récemment diplômés, plus particulièrement dans leur statut d’emploi et leur revenu. Malgré le fait que leur stratégie d’identification de lien de cause à effet ne soit pas particulièrement robuste, leur étude est intéressante étant donné qu’elle nous éclaire sur les différences entre les domaines d’études des diplômés et qu’elle utilise des données canadiennes. Comme leur modèle est simple, il est également possible de recréer facilement l’étude selon les cycles de production de l’END.
Leurs résultats indiquent que les écarts de revenus sont les plus importants dans les domaines ayant tendance à offrir des revenus plus élevés, comme l’ingénierie. Dans ce secteur en particulier, les hommes gagneraient en moyenne 60 000 $ trois ans après leur diplomation alors que les diplômées dans la même situation obtiendraient 50 500$. Les auteurs n’ont pas trouvé de différence de revenu statistiquement significative dans les domaines des sciences sociales, de l’éducation et de la santé.
Jehn et al. ont également noté que les revenus des doctorants et doctorantes travaillant à temps plein étaient semblables. Toutefois, les chances d’être embauché à temps plein sont beaucoup plus faibles, et ce, à travers l’ensemble des domaines. Au niveau de la maîtrise, les revenus des récentes diplômées, trois ans après l’obtention de leur diplôme, étaient significativement plus bas que ceux des diplômés, même si les chances qu’elles soient à temps plein ne différaient pas.
Pour en savoir plus :
Jehn, A., Walters, D., & Howells, S. (2021). Employment and wage gaps among recent Canadian male and female postsecondary graduates. Higher Education Policy, 34(3), 724-746. (https://link.springer.com/article/10.1057/s41307-019-00162-0)
Est-ce que tous les étudiants universitaires en situation de handicap sont traités de la même façon ?
Druckman, Levy et Sands (2021) ont exploré les biais possibles que les services aux étudiants en situation de handicap pourraient avoir envers les étudiants ayant besoin de leur soutien. Ils ont notamment voulu vérifier la présence de biais racial et de biais envers les handicaps qui ne sont pas d’ordre physique.
Ils ont étudié les réponses d’un sondage envoyé à 618 intervenants dans des universités américaines. Les répondants devaient répondre à une mise en situation où un étudiant admis à leur université – sans être inscrit - leur demandait quels services pourraient lui être offerts. Huit profils d’étudiants pouvaient être présenté, variant selon la couleur de peau (afro-américain et blanc), la situation de handicap (déficience visuelle ou trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH)) et l’éthique de travail , c’est-à-dire si l’étudiant était décrit comme étant neutre (sans mention) ou travaillant (e.g. : mention de bonne réussite scolaire).
Les auteurs n’ont pas trouvé de biais racial dans leur étude. Toutefois, il semble que les personnes avec un TDAH, comparativement à celles ayant un handicap visuel, sont plus susceptibles d’être victime de biais s’ils ne mentionnent pas leur éthique de travail. Les auteurs théorisent que les étudiants rapportant un TDAH pouvaient être perçus comme paresseux et méritant moins d’accommodements. Ils ont évalué ce biais en demandant aux personnels d’estimer entre un et cinq, cinq étant le niveau le plus élevé, à quel point l’étudiant mérite des accommodements. À la suite de leur estimation par moindres carrés ordinaires, Druckman et al. ont constaté que la différence entre un étudiant avec TDAH avec preuve de son éthique de travail et un autre sans cette mention était de - 0,833, significatif à un niveau de confiance de 1%. Le coefficient restait négatif en vérifiant pour d’autres éléments, tels que la probabilité que l’étudiant reçoive des services au sein de l’institution et qu’il utilise les services offerts.
Cette étude, malgré son absence de stratégie d’identification de lien de cause à effet, éclaire néanmoins quant aux biais possibles qu’un étudiant en situation de handicap peut vivre. Les auteurs concluent en indiquant que ce biais peut se corriger en améliorant la perception des intervenants quant aux handicaps qui ne sont pas physiques.
Pour en savoir plus :
Druckman, J. N., Levy, J., & Sands, N. (2021). Bias in education disability accommodations. Economics of Education Review, 85, 102176. (https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0272775721000947)
Impact de la crise de 2008 : est-ce qu’une crise économique influence le choix de domaine d’étude ?
Ersoy (2020) répond à cette question en comparant le taux de diplomation universitaire d’États américains fortement affectés par la crise avec ceux dont les effets se sont moins fait sentir. Utilisant un croisement de trois bases de données sur le marché de l’emploi, le nombre de diplômes octroyés et le suivi des récents diplômés sur le marché de l’emploi, l’auteur compare le pourcentage de diplômes obtenus dans deux secteurs : ceux dont les indicateurs du marché de l’emploi ont été sensibles à la crise et les secteurs où ces indicateurs sont restés stables.
Se servant d’une différence-en-différence pour estimer ses résultats, Ersoy confirme que les secteurs fortement affectés par la crise ont vu une diminution de leurs diplômés. Le pourcentage de diplômes attribués dans les secteurs sensibles par rapport à la totalité de diplômes a passé de 55% à 53,6%, une diminution de 1,4 points de pourcentages. Le pourcentage de diplômés provenant des secteurs résistants a plutôt augmenté de 1,5 points de pourcentage, passant de 45% à 46,5%. Ces résultats sont tous deux statistiquement significatifs à un niveau de confiance de 1%.
L’auteur continue en explorant l’impact chez les universités comprenant une majorité d’étudiants provenant de l’État dans lequel l’institution est implantée, partant de l’hypothèse que les étudiants locaux sont plus influencés par les conditions du marché du travail de l’État dans lequel ils étudient. On retrouve des résultats semblables à ceux énoncés plus haut dans les États avec un pourcentage d’étudiants locaux supérieurs à la médiane. Pour les États avec moins d’étudiants locaux, les résultats sont plus faibles (0,004% pour les secteurs résistants et -0,002% pour les secteurs sensibles) et non statistiquement significatifs.
Enfin, Ersoy étudie si les effets de la crise sont immédiats. En effet, la réduction du pourcentage de diplômes octroyés dans les secteurs sensibles est observable dès 2010.
Pour en savoir plus :
Ersoy, F. Y. (2020). The effects of the great recession on college majors. Economics of Education Review, 77, 102018. (https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0272775719305795)
L’équipe de la veille de recherche vous souhaite de joyeuses fêtes!
Un petit mot de bienvenue
Bienvenue sur notre liste de diffusion! En démarrant ce projet, nous avons pour objectif de fournir un service à la communauté d’Enseignement supérieur.
L’appel aux inscriptions à cette liste fut un franc succès: en deux jours, nous avons recueilli plus de deux cents abonnés attitrés à plusieurs fonctions. Il y a de l’appétit!
Une fois par mois, nous publierons une synthèse d’articles qui ont retenu notre attention et qui sont liés à l’Enseignement supérieur. Les articles couvriront tantôt des sujets d’actualité, tantôt des sujets pérennes. Nous visons quatre à cinq articles par mois. Conséquemment, ce n’est pas tout qui sera couvert.
Pour autant qu’on soit en suffisance, ce n’est l’affaire que de quelques envois avant qu’on ne touche une corde sensible, ou qu’on ne présente un résumé de travaux s’éloignant d’une doxa quelconque. En cette matière - et ce sera peut-être la seule véritable ligne éditoriale de ce projet naissant -, nous précisons que nous abordons l’Enseignement supérieur comme objet de recherche. Nous diffusons des travaux jugés intéressants pour leur contribution scientifique, ou parce qu’ils s’appliquent à des enjeux modernes. Bien ce soit notre milieu de travail (!), nous tentons le plus possible de maintenir une distance face à l’objet d’étude.
Quant à notre « netiquette », nous modérons cette liste et la conservons à sens unique. On le fait avant tout pour tenir notre promesse d’un seul courriel par mois.
Bien sûr, rien de tout cela ne sera parfait. Nous manquerons certainement des articles importants, ou nous négligerons des sujets jugés importants par des lecteurs et lectrices. Le cas échéant, nous enjoignons les membres de cette liste à communiquer avec nous.
Pour tout le reste, nous espérons que les travaux présentés alimenteront vos réflexions quant à l’Enseignement supérieur, car c’est avec cette ambition que nous lançons cette veille.
Bonne lecture!
Pour l’équipe de la veille de recherche,
Pier-André Bouchard St-Amant
Protection des données des étudiants au sein des universités : quel rôle ont-elles à jouer ? – Brown et Klein (2020)
Les multiplications de fuites de données personnelles ont rendu la protection de ses propres données un enjeu important. À l’ère du Big data, comment les universités se sont-elles adaptées à cette réalité ? C’est la question sur laquelle Brown et Klein (2020) se penchent dans leur publication dans le Journal of Higher Education. En plus de s’intéresser à la manière dont les universités américaines traitent les données de leurs étudiants, ils ont également examiné l’implication des étudiants dans le processus de protection de leurs propres données.
À la suite de l’analyse des données de 78 établissements d’enseignement supérieur et de l’examen du discours politique de 151 institutions, les chercheurs en sont arrivés à la conclusion que les universités étudiées conservent indéfiniment les données des étudiants et que peu d’entre elles en informaient explicitement leurs étudiants. Ceux-ci sont très rarement informés de quelles données sont collectés, pour quelles fins, où elles sont conservées et si elles seront détruites un jour.
En outre, alors qu’historiquement les seules données que les universités pouvaient recueillir systématiquement étaient celles liées à la démographie, à l’inscription et à la réussite scolaire, les limites sont désormais moins définies. Les systèmes informatiques utilisés aujourd’hui par les universités permettent de récolter des données incroyablement précises sur les étudiants, comme leur adresse IP, l’identification unique de leur appareil électronique, leur temps de connexion et leur localisation en temps réel. Toutefois, les politiques universitaires quant à la gestion des données ne prennent pas ces nouveaux éléments en compte, ou si elles le font, n’informent pas leurs étudiants sur les moyens à leur disposition pour gérer leurs données.
Brown et Klein recommandent que les universités soient plus transparentes auprès des étudiants. Les travaux de Slade et Tait (2019) sur les grandes orientations à préconiser pour une utilisation éthique des données sont également un bon point de départ.
Pour en savoir plus :
Michael Brown & Carrie Klein (2020) Whose Data? Which Rights? Whose Power? A Policy Discourse Analysis of Student Privacy Policy Documents, The Journal of Higher Education, 91:7, 1149-1178, DOI: 10.1080/00221546.2020.1770045 (https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/00221546.2020.1770045?journalCo…)
Human, S., & Cech, F. (2021). A human-centric perspective on digital consenting: The case of gafam. In Human Centred Intelligent Systems (pp. 139-159). Springer, Singapore. (https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-981-15-5784-2_12)
Slade, S., & Tait, A. (2019). Global guidelines: Ethics in learning analytics. (https://www.researchgate.net/publication/341425959_Global_guidelines_Ethics…)
L’impact des universités sur l’économie - Valero et Rennen (2019)
Valero et Rennen (2019) ont examiné l’impact de la présence d’universités sur le PIB par habitant de la région auxquelles elles appartiennent. Employant des données de l’UNESCO sur 15 000 universités à travers le monde, de 1950 à 2010 et utilisant un modèle statistique à effets fixes, leurs résultats suggèrent qu’une hausse de 10% du nombre d’universités dans une région donnée est liée à une augmentation de 0,4% du PIB par habitant de cette région. Les auteurs ne peuvent toutefois pas conclure en un lien de cause à effet.
Les auteurs ont également noté qu’une telle hausse du nombre d’universités pouvait avoir un effet négatif sur les régions voisines : les auteurs estiment une diminution de 0,3% du PIB par habitant des régions géographiquement rapprochées de la région visée par l’augmentation du nombre d’universités. Valero et Rennen ont par la suite voulu vérifier que cette hausse n’était pas uniquement due à la hausse de la consommation. Sans accès à une variable instrumentale de qualité, ils n’ont pas pu infirmer ou confirmer cette hypothèse.
Pour en savoir plus :
Valero, A., & Van Reenen, J. (2019). The economic impact of universities: Evidence from across the globe. Economics of Education Review, 68, 53-67. (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0272775718300414)
Embaucher des étudiants : quels effets sur la réussite scolaire de leurs élèves? – Feld, Salamanca et Zölitz (2019)
De nombreux laboratoires (aussi appelés assistances de cours) sont donnés par des étudiants. Ils aident leurs pairs, par des exercices pratiques, à comprendre la matière vue en classe. D’un côté, ils fournissent une aide additionnelle, mais cette aide est-elle substantive?
Afin d’en avoir le cœur net, Feld, Salamanca et Zölitz (2019) ont examiné les données de 2009 à 2015 d’une école de commerce néerlandaise, qui offre chaque trimestre deux laboratoires hebdomadaires de deux heures pour chaque cours. Tous les instructeurs d’un niveau supérieur à la maîtrise ont été catégorisés comme senior et leurs laboratoires sont utilisés à titre de référence pour comparer ceux dirigés par des étudiants.
Leur modèle de régression multiple leur permet de voir que le fait d’avoir un étudiant comme instructeur est lié à une réduction de 1,7 % d’écart-type des notes finales que reçoivent les étudiants suivant le cours. Même si cette diminution est statistiquement significative, l’effet sur les notes reste marginal, suggérant un effet presque identique aux instructeurs de maîtrise. Bien que leurs résultats se généralisent difficilement en raison du modèle simple que les auteurs emploient, ils indiquent néanmoins qu’il n’y a à peu près pas d’effets négatifs à embaucher des étudiants.
Pour en savoir plus :
Feld, J., Salamanca, N., & Zölitz, U. (2019). Students are almost as effective as professors in university teaching. Economics of Education Review, 73, 101912. (https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=3435364)
Recherche sur la réussite scolaire : historique des cinquante dernières années
Le gouvernement du Québec met la réussite scolaire des étudiants au centre de ses priorités dans son nouveau plan budgétaire 2021-2022, en introduisant le Plan d’action pour la réussite en enseignement supérieur 2021-2016 qui se traduit en des investissements de 100 M$ dans la réussite des étudiants universitaires (MES, 2021a). Cependant, comment la réussite scolaire est-elle évaluée ? Plusieurs variables entrent en jeu : notes, persévérance scolaire, salaire post-graduation, travailler dans le domaine de ses études, etc. Holmes (2021) a tâché de recenser toutes les études portant sur la réussite étudiante publiées dans la Revue canadienne d’enseignement supérieur (RCES) depuis 1971 afin d’identifier les priorités des chercheurs dans ce domaine, mais surtout de cibler comment mieux aider les étudiants tout au long de leur parcours universitaire.
Holmes ressort donc de la littérature que le peu d’emploi disponible pour les diplômés en sciences humaines compte parmi les principales inquiétudes des chercheurs depuis les 50 dernières années. Aussi, les faibles opportunités d’emplois des doctorants au sein des universités conjuguées à une forte croissance du nombre de docteurs au Canada, augmente la compétition entre les gradués.
Holmes note aussi que peu de données sont disponibles sur la persévérance des étudiants une fois qu’ils ont quitté leur institution, élément pourtant essentiel à leur réussite. Connaître le nombre d’étudiants travaillant effectivement dans leur domaine d’étude est une caractéristique peu étudiée de la réussite étudiante. Enfin, Holmes met de l’avant que peu de recherches ont auparavant étudié la satisfaction des étudiants par rapport à leur scolarité universitaire, tout comme les facteurs psychosociaux influençant la réussite scolaire.
Au Québec, le gouvernement a choisi d’orienter son Plan d’action pour la réussite selon quatre axes, soit l’accessibilité, les transitions interordres et intercycles, la persévérance et la consolidation et le transfert des connaissances en matière de réussite (MES, 2021b). Ce dernier point vient renforcer la position de Holmes, qui milite pour un meilleur accès aux données permettant d’évaluer la réussite des étudiants.
Pour en savoir plus :
Holmes, J. R. (2021). An Examination of Student Success within Canadian Higher Education: Fifty Years of Findings and Recommendations for the Future. Canadian Journal of Higher Education, 13-32. (https://journals.sfu.ca/cjhe/index.php/cjhe/article/view/189127)
Ministère de l’Enseignement supérieur (2021a). Règles budgétaires et calcul des subventions de fonctionnement aux universités du Québec : année universitaire 2021-2022 (http://www.education.gouv.qc.ca/references/tx-solrtyperecherchepublicationt…)
Ministère de l’Enseignement supérieur (2021b). Plan d’action pour la réussite en enseignement supérieur 2021-2016 (https://www.quebec.ca/gouv/politiques-orientations/plan-reussite-enseigneme…)